Financement du Nepad et de l’UA : la situation risque d’être intenable (Ibrahim Mayaki)

La question du financement de l’Union africaine a été abordée par Ibrahim Mayaki, secrétaire exécutif du NEPAD lors du point de presse animé vendredi 26 janvier 2018 à Addis Abeba.

« C’est un peu paradoxal pour la commission de l’union africaine et le Nepad. 80% des des ressources de la commission de l’UA et du Nepad pour le développement des activités sur le terrain, sont financés par le fonds Allemand (GIZ) ou l’AFD (français), ou GEK(Néerlandais). Cette dépendance est paradoxale à un moment où l’aide est en train de disparaître; il faut trouver une solution. Et après que le président Obassandjo l’ait proposé, le président Paul Kagamé est revenu sur cette fameuse taxe de 0.2 sur les importations éligibles.
 
Ce qui devrait nous permettre d’avoir 5 à 6 fois plus de ressources au niveau de la commission de l’UA, permettre de participer assez largement aux dépenses qui ont attrait  aux missions d’intervention sur le terrain, de sécurité, militaire…Donc l’importance de résoudre cette dépendance paradoxale est de compter sur nos ressources internes. Et ces ressources internes, elles existent. Il sera donc très important que les décisions sur le 0.2 soient respectées par un grand nombre de pays africains ( pour l’instant on est entre 12 et 15), pour multiplier nos ressources internes et les allouer en fonction de nos priorités. Ainsi on pourra nous déconnecter de l’aide et réorienter les discussions avec nos partenaires sur des sujets qui sont d’intérêts mutuels ». 

Relativement aux hésitations des autres pays africains à adopter les 0.2%, le secrétaire exécutif du Nepad a expliqué : « Il y’a plus de 15 ans on parle de l’indépendance financière de l’UA. Le problème n’est pas l’absence de ressources. Mais il fallait trouver le bon mécanisme. Et celui qui est trouvé n’est pas différent de celui de la CEDEAO. Si je suis un commerçant et j’importe un camion, je suis Nigérien, je vais à la douane et je signe deux chèques. Un chèque pour la douane nigérienne et un pour le trésor nigérien pour qu’il l’envoie à la CEDEAO.
 
Ce deuxième chèque de la Cedeao est basé sur le même mécanisme. C’est un pourcentage. La question est si cela est fait au niveau de la Cedeao pourquoi pas ici. Malheureusement il y’a eu deux types de réticences. Certains États disent, on ne veut pas que vous calculez pour nous, on va le faire nous-même. Dites-nous combien ça se fait et on vous donne le chèque. Il y’a d’autres qui ont dit avoir besoin de l’expertise du comité des ministres des finances pour évaluer l’Assiette sur laquelle vont être prélevés les 0.2%, parce qu’il y a une liste de produits qui a été établie sur lesquels les 0.2% doivent être prélevés. On a aussi des pays comme Maurice qui sont Duty-free (hors taxe).
 
Si on applique les 0.2, cela contredit leur stratégie économique. Jusqu’à présent on a entre 13 et 15 pays qui ont finalisé leur calcul et qui ont logé des ressources dans leur banque centrale pour les virer ensuite à l’UA. Mais cela ne suffit pas, il faut qu’on arrive à un peu plus des 2/3. Et ça c’est vraiment la priorité absolue de tout président de la commission en 2018. Car si les 0.2 ne sont pas mis en œuvre, cela nous met dans une situation bancale entre l’ancien système de cotisation et ce nouveau système. Le Niger par exemple a fait son calcul de 0.2 qu’il a logé à l’UA, mais en même temps le budget de la commission continue à fonctionner en partie sur les cotisations. Je ne peux plus cotiser au moment où j’ai fait les 0.2. Donc la transition doit être très courte, avec le maximum de pays qui paie, sinon la situation risque de ne pas être tenable ».

Concernant le point précis des sources de financements du Nepad,  Ibrahim Mayaki a fait cet éclairage : «  On a trois sources. Notre coût de fonctionnement est couvert par le budget de l’Union africaine. C’est un gros mal de tête en moins, parce qu’on sait qu’on peut payer les salaires des fonctionnaires, l’électricité, l’eau etc. En 2018, pour la première fois on va avoir 5 milliards de dollars en plus des frais de fonctionnement pour les affecter au développement. C’est peu, mais c’est ici le changement de mentalité qui est important. Cela montre une forme de volonté d’anticiper sur le moment où les 0.2% vont venir. Deuxième source de financement, ce sont les contributions volontaires des États qui sont affectées au développement et troisième source, ce sont les partenaires au développement. ».

Philippe Kouhon, envoyé spécial à Addis-Abeba 
 

Dernière modification le 26/01/2018
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Philippe Kouhon

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