Entretien avec Haidara Aichata Cissé, parlementaire malienne : " c'est nous-mêmes les femmes les responsables de nos échecs "

Présidente du réseau des femmes parlementaires du Mali, présidente du Caucus des femmes parlementaires panafricain, l’honorable Haidara Aichata Cissé est député de Bourem, localité du Nord du Mali à 90 km de la ville de Gao. Femme politique engagée de son pays et sur le continent africain , elle parle des moments forts de son parcours , en marge du Forum "genre et développement " organisé à Bamako du 14 au 16 décembre à Bamako en prélude au Sommet Afrique-France de Janvier 2017.

Quels ont été les grands moments de votre vie politique ?

J’ai commencé comme syndicaliste. J’étais secrétaire général de l’intersyndicale des travailleurs d’Air Afrique où j’ai organisé une marche en août 2001 à Paris pour protester contre la fermeture de ce joyau africain. Cela n’a pas été possible par la simple volonté politique de nos dirigeants de l’époque. C’est la principale raison qui m’a poussée à m’engager en politique , parce que j’ai compris que c’est en faisant la politique qu’on peut faire changer les choses dans un pays africain. En 1997 , je me présente aux élections législatives. Je n’ai pas été élue parce que les pesanteurs , alors très ancrées , surtout dans une localité comme Bourem , ne pouvaient pas permettre de comprendre comment une femme pouvaient se mêler de ce qu’ils appellent des ‘’métiers d’hommes’’. Cela ne m’a pas fait baisser les bras, car je me suis à nouveau présentée en 2007 ; et ça été le bon moment. J'ai été alors élue député chez moi à Bourem. Le moment qui a le plus boosté ma carrière , c’est lors de l’occupation du nord du Mali , où j’ai joué un rôle déterminant,. J’ai bravé les djihadistes , le Mnla. J'ai fait de la sensibilisation partout où besoin était. J’étais tout le temps sur les chaînes internationales, dans les parlements d’Afrique, et sur les espaces du monde pour dénoncer l’occupation du nord du Mali. Cela a été un moment déterminant dans ma vie socio-politique dans mon pays. J’ai même eu des menaces de mort ; mais cela ne m’a pas découragée. J'ai continué à me battre. Je suis fière de ce que j’ai pu faire en ce moment-là pour mon pays , et pour ma région en particulier.

Quel est votre combat pour la cause de la femme aujourd’hui ?

Mon combat aujourd’hui , c’est que les femmes puissent prendre exemple sur moi, qu’elles arrivent à se faire confiance, parce que le problème que nous avons, c’est qu’il y'a beaucoup de femmes qui ne savent pas la force qu’elles ont. Il faudrait que nous apprenions d’abord à nous faire confiance nous-mêmes. Il faut qu’on arrive à se dire que nous sommes capables de faire tous ce que les hommes font, et même mieux encore. Grâce à mon combat, de nombreuses femmes au Mali sont engagées en politique. Des jeunes filles qui veulent se présenter aux élections législatives au Mali, me consultent régulièrement ; elles veulent même être candidates à l’élection présidentielle, parce que j’ai été candidate aux élections présidentielles. Ce qui a été une grande expérience, avec des hauts et des bas, que je ne regrette d’ailleurs pas du tout, car cela m’a permis de savoir jusqu’où je pouvais aller, et je suis prête à recommencer.

Avez-vous quelque chose à reprocher vous aux femmes du Mali ?

Les femmes du Mali en particulier et d’Afrique en général, ne savent pas vraiment ce qu’elles veulent. La majorité des femmes ne se font pas confiance elles-mêmes d’abord , encore moins aux autres femmes. Elles font campagne pour les hommes, ou bien elles restent toujours à l’arrière-plan. Au départ pour ma candidature à la présidentielle, ce sont les femmes qui ont payé les 10 000 000 de FCFA ( dix millions ) de caution. Elles étaient motivé pour ma campagne de lancement au palais de la culture à la 3000 places qui avait d’ailleurs refusé du monde. Mais au bout d’un certain moment, les hommes candidats, au nombre de 27, ont changé de stratégies. Ils ont pris les femmes individuellement (femmes, amie, sœurs cousines, nièces et connaissances) pour leur demander de ne pas donner leur suffrage à une femme. Et le jour de la clôture de la campagne, la salle était vide. Cela m’a permis de comprendre que ce sont les femmes qui ne savent pas ce qu’elles veulent. On pleurniche sur notre sort et on accuse les hommes, alors que les premiers responsables de nos échecs, c’est nous-mêmes. La solidarité féminine n’existe pas. Mais je travaille à changer cette situation , il faut y croire.

La parité n’est pas encore totalement respectée au Mali, cependant, vous êtes à 30% de participation dans les instances de décisions, comment appréciez-vous cette avancée ?

J’apprécie cette avancée à sa juste valeur. Je puis vous dire, qu’en tant que présidente du réseau de femmes parlementaires du Mali, j’ai joué un rôle déterminant dans la mise en œuvre de cette avancée. Cela n’a pas été facile, parce qu’au moins, 5 fois le projet est venu à l’assemblée nationale, au moins 5 fois il a été rejeté. Il a fallu que j’initie des stratégies pour convaincre les hommes en aparté, parce que l’effet de groupe joue beaucoup sur eux. Nous sommes 14 femmes sur 147 députés. Vous constatez que, tant qu’on n’a pas le soutien des hommes, nous ne pourrons jamais rien obtenir. J’ai demandé à ce que les femmes créent des affinités avec 5, 6, voir plus d’hommes pour les convaincre de voter le projet de loi sur la parité ; et c’est ce qu’elles ont fait. Moi seule j’ai pu convaincre 18 hommes, les autres ont fait pareil et la loi sur la parité a été adoptée. Cependant, il faut noter qu’il y a eu une vraie volonté politique de la part de nos dirigeants, particulièrement de SEM Ibrahim Boubacar Kéita, Président de la République du Mali.

En tant que femme politique engagée et leader africaine pour la promotion de la femme , qu’attendez-vous du sommet Afrique-France de Janvier 2017 ?

J’attends de ce sommet , qu’il tienne compte des résolutions qu’on vient d’adopter au forum genre et développement. Je pense qu’il y a un espoir avec la volonté politique des Présidents du Mali et de la France, et à travers eux, la volonté de tous les chefs d’États qui ont insisté sur la tenue de ce forum pour prendre en compte les aspirations des femmes africaines. J’espère donc que cela ne va pas être un forum de plus. Étant la présidente du caucus de femmes parlementaires de l’Union Africaine, il y a beaucoup de chose que j’ai faites , notamment le comité de suivi composé de femmes de la société civile au niveau des 5 régions de l’Ua. Celanous permet aujourd’hui, de faire un bilan de toutes les activités au niveau des femmes parlementaires. Et je peux, vous affirmer que les choses sont en train de changer. Nous voulons donc, que le sommet reste dans cette dynamique de changement.

Comment être une femme politique engagée comme vous l’êtes, et être une bonne femme au foyer ?

Evidemment que je suis une bonne épouse. Mon époux étant lui aussi député de sa région à Tombouctou, il comprend parfaitement mes choix et mes décisions, il m’encourage dans mes choix politiques. On peut ne pas s’entendre à l’hémicycle, par rapport au vote d’une loi , mais à la maison je joue mon rôle de femme et d’époux pour le bien-être de nos enfants. Mon mari est exceptionnel je peux le dire, parce que c’est rare en Afrique, surtout au Mali, qu’un mari accepte d’aller aux élections en même temps que sa femme surtout qu’il peut perdre et que par contre , la femme peut gagner. Mais lui , il me dit toujours qu’ensemble, on peut faire en sorte de changer les choses.

Ossama Roxane à Bamako

Dernière modification le 16/12/2016

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Ouattara Roxane

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